Pendant des années, le chèque de garantie a servi de filet de sécurité officieux à de nombreux créanciers marocains. Un fournisseur, un bailleur ou un proche avançait de l'argent et gardait un chèque signé, à ne présenter qu'en cas de défaillance. La loi n° 71-24 modifiant et complétant la loi n° 15-95 formant Code de commerce, publiée au Bulletin officiel n° 7478 du 29 janvier 2026, a remplacé la peine de prison qui visait celui qui accepte ce chèque par une amende de 2 % de son montant. Beaucoup en ont conclu que la pratique était devenue sans risque. C'est une lecture trop rapide. Cet article s'adresse aux particuliers, commerçants et bailleurs qui veulent sécuriser une créance autrement, avec une reconnaissance de dette, un engagement de remboursement daté ou une véritable sûreté du droit marocain.
Le chèque de garantie au Maroc : une pratique toujours sanctionnée
Le chèque de garantie est un chèque remis au créancier avec une consigne, écrite ou tacite : ne pas l'encaisser tout de suite et le conserver comme assurance d'un paiement futur. Il se confond souvent avec le chèque postdaté et avec le « chèque de caution » que certains bailleurs exigent à l'entrée dans les lieux. Ces trois usages heurtent la même règle. Le chèque est un instrument de paiement à vue, pas un instrument de crédit, et la réforme n'a pas touché à ce principe du Code de commerce. Un chèque présenté avant la date qu'il porte est payable le jour de sa présentation.
En pratique, le litige naît presque toujours au moment du dépôt. Si le compte n'est pas approvisionné, le tireur se retrouve exposé au délit de défaut de provision, alors que les deux parties savaient dès le départ que l'argent n'était pas disponible. Le chèque de garantie ne protège donc ni le créancier ni le débiteur : le créancier qui l'accepte en connaissance de cause commet lui-même une infraction, et le débiteur qui l'émet sans provision s'expose aux poursuites prévues pour le chèque impayé.
Cadre juridique : ce que prévoit la loi 71-24
Promulguée par le Dahir n° 1-26-03 du 22 janvier 2026, la loi n° 71-24 a été publiée au Bulletin officiel n° 7478 du 29 janvier 2026 et s'applique depuis cette date. Elle réécrit l'article 316 du Code de commerce. Celui qui accepte sciemment un chèque à la condition qu'il ne soit pas encaissé immédiatement et qu'il soit conservé à titre de garantie n'encourt plus d'emprisonnement, mais une amende égale à 2 % de la valeur du chèque. Le paiement de cette amende avant une décision définitive empêche les poursuites ou éteint l'action publique. L'infraction n'a donc pas disparu : seule sa sanction a changé. La loi est consultable sur le portail du Bulletin officiel tenu par le Secrétariat général du gouvernement.
Du côté du tireur, le régime reste pénal. Le défaut de provision est puni de six mois à trois ans d'emprisonnement et d'une amende de 5 000 à 20 000 dirhams. La réforme impose toutefois une mise en demeure préalable et ouvre un délai d'un mois pour régulariser, que le parquet peut prolonger avec l'accord du bénéficiaire. Selon l'article 325 du Code de commerce, le paiement du chèque ou le désistement du bénéficiaire, accompagné d'une amende de 2 % du montant du chèque ou de l'insuffisance de provision, éteint l'action publique et met fin à l'exécution de la peine après une condamnation définitive. Le même article écarte l'infraction de défaut de provision entre époux et entre ascendants et descendants au premier degré, sans fermer la voie civile. La Présidence du Ministère public a détaillé ces règles aux parquets dans la circulaire n° 2/2026 du 4 février 2026.
La reconnaissance de dette, l'écrit qui remplace le chèque
L'alternative la plus directe au chèque de garantie est un écrit qui constate la dette elle-même. Le Dahir formant Code des obligations et des contrats (DOC) l'impose d'ailleurs au-delà d'un certain seuil : l'article 443 du DOC exclut la preuve par témoins pour les conventions dont l'objet dépasse 10 000 dirhams. La reconnaissance de dette au Maroc répond à ce besoin. Rédigée sous seing privé, elle identifie le créancier et le débiteur avec leur numéro de CIN, indique le montant en chiffres et en lettres, la cause de la dette et la date de remboursement, puis porte la signature du débiteur.
Le réflexe à adopter est de faire légaliser la signature du débiteur au service de légalisation de la commune. Cette formalité prive le débiteur de l'argument classique de la signature contestée. Un acte sous seing privé reconnu par celui à qui on l'oppose fait foi entre les parties, et une dette constatée par écrit ouvre la voie de l'injonction de payer, plus rapide qu'une action au fond. Surtout, ce document ne crée aucun risque pénal pour personne : un retard de paiement reste une affaire civile.
L'attestation d'engagement de remboursement et l'échéancier
Quand la dette existe déjà et que la discussion porte sur le calendrier, l'outil adapté est l'attestation d'engagement de remboursement. Le débiteur y reconnaît le solde restant dû et s'engage sur des échéances datées. Le créancier qui détient des chèques postdatés d'un débiteur en difficulté restitue les chèques contre décharge et les remplace par un échéancier signé. La déchéance du terme rend tout le solde exigible si une échéance reste impayée après relance, et le paiement par virement laisse une trace bancaire de chaque versement.
Sur les intérêts, prudence : entre musulmans, l'article 870 du DOC frappe de nullité la stipulation d'intérêts, et cette nullité atteint le contrat lui-même. Une clause d'intérêts mal pensée peut donc fragiliser tout l'acte : pour un prêt entre particuliers, mieux vaut s'en tenir au capital. Si l'échéancier n'est pas respecté, le créancier dispose d'un écrit clair pour adresser une mise en demeure, qui date la défaillance et prépare le recouvrement judiciaire.
Caution, gage, hypothèque, billet à ordre : les vraies sûretés
Pour une somme importante, l'écrit prouve la dette sans garantir la solvabilité du débiteur. Le cautionnement, régi par les articles 1117 et suivants du DOC, fait intervenir un tiers qui s'engage à payer si le débiteur défaille. C'est la réponse naturelle au bailleur qui réclamait un chèque de caution : un acte de caution solidaire pour une location au Maroc apporte une garantie opposable, sans exposer quiconque à une sanction pénale.
Le gage et le nantissement portent sur des biens meubles. Depuis la loi n° 21-18 relative aux sûretés mobilières, leur opposabilité passe par une inscription au registre national électronique des sûretés mobilières. L'hypothèque conventionnelle, organisée par la loi n° 39-08 relative au Code des droits réels, grève un immeuble immatriculé : elle exige un acte authentique ou un acte à date certaine dressé par un avocat agréé près la Cour de cassation, puis une inscription à la conservation foncière. Le billet à ordre fait ce que le chèque de garantie prétendait faire. Effet de commerce à échéance, son impayé relève du droit cambiaire et du juge, sans délit du seul fait du non-paiement. Entre professionnels, des conditions générales de vente conformes au droit marocain qui fixent les délais de paiement et les pénalités de retard évitent de réclamer un chèque en garantie à chaque commande.
Rédiger sa reconnaissance de dette sur Captain.Legal
Sur Captain.Legal, la reconnaissance de dette et l'attestation d'engagement de remboursement se génèrent à partir d'un questionnaire guidé, pensé pour le droit marocain. Vous renseignez d'abord les parties, personnes physiques ou sociétés, avec leurs identifiants. Viennent ensuite le montant, la cause de la dette (prêt d'argent, solde d'une vente, avance sur prestation) et les modalités de remboursement, en une fois ou selon un calendrier. Le document se télécharge en Word, si vous voulez l'adapter à une situation particulière, ou en PDF, prêt à imprimer et à signer. Il reste à le faire signer par le débiteur, idéalement avec légalisation de signature, et à remettre un original à chaque partie. Pour un créancier habitué aux chèques de garantie, c'est la bascule la plus simple à opérer.
Les erreurs fréquentes
La première erreur consiste à croire que la loi 71-24 a légalisé le chèque de garantie. Elle a remplacé la prison par une amende, ce qui reste une sanction pénale, et le chèque demeure payable à vue. La deuxième consiste à cumuler un chèque de garantie et une reconnaissance de dette « pour être doublement protégé ». C'est l'inverse qui se produit : l'écrit montre que le chèque n'était pas un paiement, donc qu'il a été accepté en garantie, et il fournit au débiteur un argument tout trouvé. La troisième touche les prêts familiaux : entre époux, parents et enfants, le défaut de provision n'est plus une infraction pénale, de sorte qu'un chèque remis par un fils à son père ne vaut guère plus qu'une promesse orale sans écrit qui l'accompagne.
Viennent ensuite les erreurs de rédaction : reconnaissances de dette sans cause, sans date d'exigibilité ou avec un montant écrit seulement en chiffres. D'autres prévoient un taux d'intérêt sans tenir compte de l'article 870 du DOC, au risque d'une nullité soulevée au pire moment. Enfin, de nombreux créanciers laissent passer des mois après une échéance manquée sans relance écrite, alors que la prescription court.
Questions fréquentes
Accepter un chèque de garantie est-il encore un délit au Maroc ?
Oui. Depuis le 29 janvier 2026, la loi n° 71-24 a supprimé l'emprisonnement prévu pour celui qui accepte sciemment un chèque à condition qu'il ne soit pas encaissé immédiatement et qu'il soit conservé en garantie, mais elle a maintenu l'infraction. La sanction est une amende égale à 2 % de la valeur du chèque, prévue à l'article 316 du Code de commerce. Son paiement avant une décision définitive arrête ou éteint les poursuites. La pratique reste donc illicite, et un écrit constatant la dette demeure la solution sûre.
Le bénéficiaire d'un chèque de garantie peut-il l'encaisser à tout moment ?
Oui, et c'est ce qui rend la pratique dangereuse pour le débiteur. Le chèque est payable à vue : même s'il porte une date future, la banque le paie le jour où il est présenté, si la provision existe. Dans le cas contraire, l'incident est déclaré et le tireur bascule dans le régime du défaut de provision, avec mise en demeure et délai d'un mois pour régulariser. L'accord verbal de ne pas déposer le chèque n'a aucune force face à la banque.
Une reconnaissance de dette sous seing privé est-elle valable au Maroc ?
Oui. Le DOC admet pleinement l'acte sous seing privé, et l'article 443 du DOC l'impose comme mode de preuve pour les conventions dont l'objet dépasse 10 000 dirhams. L'acte doit identifier les parties, indiquer le montant en chiffres et en lettres, la cause et la date de remboursement, puis être signé par le débiteur. Si les fonds n'ont pas encore été versés, un contrat de prêt d'argent entre particuliers conforme au DOC encadre l'opération dès le départ.
Quel délai pour régulariser un chèque sans provision depuis la loi 71-24 ?
Aucune poursuite pour défaut de provision ne peut être engagée sans mise en demeure préalable du tireur. Celui-ci dispose alors d'un mois pour payer, délai que le parquet peut prolonger avec l'accord du bénéficiaire. La régularisation s'accompagne d'une amende de 2 % du montant concerné, prévue à l'article 325 du Code de commerce. Les poursuites engagées avant le 29 janvier 2026 ne sont pas soumises à la nouvelle formalité de mise en demeure.
En quel format télécharger la reconnaissance de dette ?
Le document généré sur Captain.Legal est disponible en Word, pour ajuster une formulation avant signature, et en PDF, prêt à imprimer. Prévoyez autant d'originaux que de parties, chacun signé, sans oublier de faire légaliser la signature du débiteur si le montant est important. Conservez le vôtre avec la preuve de remise des fonds, comme un relevé de virement. Cette pièce complète l'écrit si le débiteur conteste un jour avoir reçu la somme.
Peut-on encore porter plainte pour un chèque sans provision ?
Oui. Le défaut de provision reste un délit, puni de six mois à trois ans d'emprisonnement et d'une amende de 5 000 à 20 000 dirhams. Le créancier peut déposer une plainte au procureur du Roi en joignant le chèque et le certificat de refus de paiement. Si le dossier révèle que le chèque avait été remis en garantie, le plaignant s'expose lui-même à l'amende de 2 %.
Combien de temps le créancier a-t-il pour agir sur une reconnaissance de dette ?
Entre particuliers, l'action relève de la prescription de droit commun, fixée à quinze ans par l'article 387 du DOC. Pour les obligations nées à l'occasion d'un commerce, entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants, l'article 5 du Code de commerce ramène ce délai à cinq ans, sauf prescription plus courte. Le délai court à partir de l'exigibilité, donc de chaque échéance lorsque le remboursement est étalé. La reconnaissance de la dette par le débiteur interrompt la prescription.
